1987 la privatisation de TF1

Mercredi 15 avril 1987. La plus ancienne chaine publique de la télévision française est vendue au groupe Bouygues: TF1 devient privée. Retour sur cet événement au travers la grande soirée festive organisée pour célébrer le passage de la chaîne du public au privé.
Avec également dans cet épisode, les émissions jeunesse du mercredi et les programmes humoristiques d’avant 20h.

Sélection musicale:

  • Les Rita Mitsouko – C’est comme ça
  • A-ha – Take On Me
  • New Order -Blue Monday
  • Prince – Kiss
  • Roxy Music – More Than This

 

Transcription de l’épisode

Nous sommes le 15 avril 1987. Sur les radios libres de la bande FM, vous pouvez entendre Desirless vous inciter à partir en voyage, Elsa vous supplier de ne pas vous en aller, Madonna qui vous encourage à ouvrir votre cœur, et les Bangles qui vous proposer de marcher comme un Égyptien. C’est comme ça, c’est l’année 1987.

Beaucoup de choses à regarder aujourd’hui, c’est normal, il y a maintenant six chaines de télévision.

[sonore Leymergie] Sur Antenne 2, c’est Télématin qui ouvre l’antenne dès 7h moins le quart. Au programme, comme tous les jours, des conseils pratiques, le journal, et aussi bien sûr des chansons. Ce matin c’est Rika Zarai l’invitée.

Sonore Salut les p’tits loups:
« Salut les p’tits loups fait peau neuve. De la magie, de la gym, du rock, des histoires drôles et des dessins animés. Le tout présenté par une équipe new look. Tous les mercredis matins, on salue les p’tits loups. »

Nous sommes un mercredi, les enfants n’ont pas école, et les deux premières chaînes proposent des programmes jeunesse. TF1 ouvre son antenne un peu avant 9h avec Salut les petits loups. Et en face, sur Antenne 2, à la même heure c’est Récré A2 qui commence, avec l’animatrice Dorothée.

A 11h30, c’est La séquence du spectateur, une émission qui existe depuis 1953 (et dont vous entendez le générique) et qui porte sur le cinéma.
Juste après, Tournez manège, une émission pour faire se rencontrer des couples, lancée en 1985 sur une formule américaine.
Qui dit mercredi dit aussi questions au gouvernement. C’est sur FR3 qu’est diffusée la séance en direct de l’assemblée nationale.

Peu avant 20h, les trois premières chaines proposent chacune un programme court d’humour.
Sur TF1, c’est Cocoricocoboy, émission de Stéphane Collaro. Ce programme est un vrai succès populaire. L’humour y est potache, rempli de jeux de mots discutables et de gags très souvent sous la ceinture. Les tenues sont colorées, le maquillage est criard, la lumière des projecteurs est très crue. Stéphane Collaro s’y met souvent en scène au milieu de femmes en bustier et bas résilles, façon bunnies de Playboy.

Sur Antenne 2 à la même heure : Le théâtre de Bouvard, de et avec Philippe Bouvard.
Et sur FR3, La classe, avec Fabrice, où s’enchainent, dans une salle d’école factice, des numéros de comédiens et chansonniers. Pour mémoire je vous remets le générique de La classe. [Bézu – À la queue leu leu]

Ainsi, même à cette époque où les trois chaînes sont publiques, il y a déjà de la compétition puisqu’on peut voir trois programmes d’humour au même créneau horaire. Ce genre de programme léger permet d’attirer le téléspectateur avant 20h, puis de le garder pour le JT. C’est vrai que depuis quelques années, Antenne 2 et TF1 se disputent la première place, à la fois pour le prestige d’être la chaîne la plus regardée, mais aussi bien sûr pour faire payer plus cher l’espace publicitaire aux annonceurs.

== SOIREE ==

Passons – vite ! – aux programmes du soir.

Pour la soirée, vous avez le choix entre Thalassa, le magazine de la mer, sur FR3 ; Le grand échiquier de Jacques Chancel, sur Antenne 2, ou une soirée spéciale sur TF1 : soirée qui a pour titre Il n’y en a qu’une, c’est la une.

Pourquoi cette soirée spéciale ? Aujourd’hui, 15 avril 1987, c’est le dernier jour où TF1 est une chaîne publique. Demain, elle deviendra une chaîne privée.

== SUJET PRINCIPAL ==

Le principe de cette émission est le suivant : exhiber les vedettes d’hier et d’aujourd’hui de TF1, célébrer les grands succès passés et présents de la chaîne, et annoncer les grands programmes à venir. Tout ce que la télévision compte à cette époque de vedettes est invité dans l’immense salle de spectacle des pyramides de Port-Marly, un centre de conventions très chic des Yvelines équipé de piscines et terrains de tennis – le genre de lieu où on imagine très bien se tenir un séminaire de cadres d’une grande société du bâtiment. La soirée se veut une grande fête et cela se voit dès les premières minutes de l’émission : les convives sont venus dans des berlines de luxe ou des hélicoptères. Un tapis rouge les accueille à l’entrée où sont placées des caméras et photographes. Les people portent tous un smoking ou une robe de soirée, se font la bise entre eux et se font servir du champagne.

Après ce spectacle digne d’un festival de cinéma ou d’une soirée de la jet-set, l’émission commence véritablement. La formule est simple : une vedette prononce quelques mots à la gloire de TF1, accueille ses collègues de sa chaîne, puis lance une petite séquence d’extraits d’émissions, et passe le micro à une autre vedette. Et tout cela pendant 4 heures.

La soirée s’ouvre très péniblement avec la jeune Orly, 8 ans, peut-être l’une des premières enfants-star victime du show-business en France. A l’époque, elle présente les émissions jeunesse du mercredi matin. Ce soir-là, elle prononce un texte appris par cœur, puis fait entrer péniblement les premières vedettes.

Sonore Orly:
« Bientôt je serai grande, mais je continuerai à aimer TF1. TF1 me fait vivre de bons moments, et connaître de nombreux amis, que je partage avec des millions de gens. Et je suis heureuse ce soir de vous les présenter.  J’appelle… Patrick Sabatier! »

Vont se succéder au micro tour à tour : Patrick Sabatier donc, Patrick Sébastien, Stéphane Collaro, Bruno Masure et Joseph Poli, Anne Sinclair, Sacha Distel et Michel Druker, Bernard Tapie, Michel Polac, Patrick Poivre d’Arvor, Marie-France Cubadda, Frédéric Mitterrand, Guy Lux et Léon Zitrone.
Chacun va vanter l’histoire glorieuse de TF1, à moins que ce ne soit sa propre gloire. Patrick Sébastien, justement, se congratule d’avoir donné aux Françaises et aux Français -je cite-  » du bon rire populaire « . Bernard Tapie exprime sa fierté d’être sur une chaîne qui a fourni tant d’émotion aux téléspectateurs. Patrick Poivre d’Arvor montre beaucoup de déférence à l’égard de Francis Bouygues, présent dans la salle, et qu’il qualifie de  » grand capitaine d’industrie « . Quant à Patrick Sabatier, il lance en grande pompe le premier écran publicitaire de la soirée.

La soirée est entrecoupé de prestations des chanteurs du moment : Alain Souchon, Francis Lalanne, Francis Cabrel, Mireille Matthieu, Touré Kunda, Etienne Daho, Lio, Gérard Blanchard, Caroline Loeb.

Vers minuit a lieu le clou de la soirée. Hervé Bourges, président de la chaîne, passe la main à Francis Bouygues qui vient de la racheter. « C’est le service public qui s’arrête mais TF1 continue. » déclare Hervé Bourges. Et pour sceller l’acte, les deux hommes coupent un énorme gâteau qu’ont apporté des cuisiniers de chez Fauchon. Ce gâteau qui a la forme du logo de TF1, c’est Hervé Bourges qui le tranche le premier puis passe le couteau à son successeur. Francis Bouygues termine de découper une part, avant de planter le couteau à la verticale dans le gâteau. Générique de fin : un spectacle pyrotechnique lancé depuis Port-Marly avec, comme illustration musicale, un medley de génériques d’émissions de la chaîne. Bon résumé des 4 heures précédentes, au risque d’une certaine redondance.

Cette émission est loin d’être une réussite : clairement trop longue, répétitive, pleine de moments laborieux. Des séquences sont lancées trop tôt ou trop tard ; Anne Sinclair rate son entrée en scène après la publicité ; beaucoup d’extraits d’émissions ont peu d’intérêt. Surtout, La réalisation est cafouilleuse, avec des caméras qui cadrent mal les personnalités et qui font des mouvements brusques, des micros qui ne fonctionnent pas, d’autres qui fonctionnement au mauvais moment – on entend les techniciens crier par moments. Ce ratage est étonnant car les variétés sont à la mode est on pourrait penser que les chaînes seraient rodées à l’exercice même en direct.

Sonore Serge Gainsbourg:
« C’est un désordre apparent mais en fait tout est calculé selon des rythmiques particulières, ici des diagonales, des courbes… »

On peut essayer d’expliquer ces cafouillages par la dimension de la salle, énorme, qui réclame des dizaines de caméras, et par le faible temps de préparation des techniciens (l’émission a été organisée en moins de deux semaines à la demande expresse d’Hervé Bourges qui, selon un article du Monde, voulait en mettre plein la vue à son successeur et aux 5000 autres invités de la soirée (et aux téléspectateurs en prime).

Deux moments ont relevé l’intérêt de la soirée. D’abord Frédéric Mitterrand est arrivé sur scène en jouant les provocateurs. Il a déclaré que beaucoup des convives allaient se faire virer, et il a ensuite retourné sa veste pour faire « comme tout le monde ce soir ». Une manière de critiquer celles et ceux qui, dans la salle, se sont ralliés au nouveau patron privé de la chaîne.

L’autre moment notable, on le doit à Michel Polac, qui arrive sur le plateau en lançant :

Sonore Michel Polac:
« …Je trouve que pour un enterrement c’est assez joyeux. »

Après avoir rappelé les diverses émissions de charité organisées par TF1 ces dernières années, ce pauvre Michel Polac se voit contraint de lancer une page de pub – et il montre bien que cela ne lui plait pas, de présenter une émission interrompue par des annonces. Après les pubs, il reprend le micro:

Sonore Michel Polac:
« Je me sens quand même très solidaire de TF1 et je veux adresser un coup de chapeau à une chaîne qui pendant douze ans a tout de même très bien servi le service public. »

Alors que toute la soirée a été conçue dans le but unique de rassurer les téléspectateurs, de leur donner le sentiment de la continuité entre l’ère publique et l’ère privée, Michel Polac est le seul qui laisse entendre que les choses ne seront plus tout à fait les mêmes.

[sonores: lancements de sujets de JT sur la privatisation]

Mais si soirée n’est pas mémorable, cette journée, elle, l’est. La privatisation de TF1 est l’événement médiatique de ce mercredi 15 avril 1987.
TF1 n’est pas la première chaine privée de France : déjà en 1984 il y a eu Canal Plus puis en 1986 La Cinq et TV6. La privatisation de TF1, cela veut dire que cette chaine jusque-là publique va devenir privée.

Alors pourquoi cette privatisation, puisqu’il existe déjà trois chaînes privées en France ? C’est Jacques Chirac qui l’a souhaité. Le programme de la droite aux législatives de mars 1986 avait promis la privatisation. Et, suite à l’alternance, le nouveau ministre de la Culture, François Léotard, l’annonce à l’assemblée nationale le 14 mai 1986.

Sonore François Léotard:
« La privatisation est en effet un élément essentiel pour éloigner l’État de l’information, réduire l’importance du secteur public, et favoriser sans trop tarder l’existence d’un secteur privé de qualité c’est-à-dire de création. Antenne 2 qui est celle des trois chaînes publiques qui a contribué de la manière la plus consistante à la création demeurera la chaîne de référence du secteur public. TF1 sera privatisée. L’importance de son audience lui permettra de faire face à la concurrence, tout en supportant un niveau d’obligation de contribution à la création au moins égal au niveau actuel. »

Pendant un temps, la nouvelle majorité hésite sur la chaîne à vendre au privé.

Sonore Paul Amar:
« 
On nous avait d’abord annoncé la privatisation d’Antenne 2, c’était le vœu du ministre, puis celui de FR3, c’était le souhait de Matignon, résultat: c’est TF1 qui est choisie. »

C’est un cas unique en Europe : jamais aucune chaîne publique n’avait été privatisée.
Cette vente de TF1, c’est un vrai symbole. Parce que c’est la plus ancienne chaîne de France. Avant 1975 elle ne s’appelait pas « TF1 » mais simplement « La première chaîne ». TF1, c’est aussi la chaîne qui s’affiche automatiquement sur votre téléviseur quand il s’allume. Or l’annonce de la privatisation suscite, dès 1986, un grand débat en France. Les anciens de la télévision, surtout, défendent la vieille chaîne, à l’image de Claude Santelli, réalisateur de quelques-unes des émissions les plus regardées et appréciées des années 1950 et 1960, que l’on entend ici.

Sonore Claude Santelli:
« Je crois que le public comprend mal, il faut expliquer au public de quoi il s’agit. Il s’agit pas d’introduire une nouvelle chaîne privée il s’agit de prendre une chaîne qui existe et de la privatiser ce qui est une première chose. Deuxièmement, cette chaîne n’appartient pas à l’État. Je crois qu’il y a un malentendu fondamental qui est entretenu par certains membres du gouvernement, c’est qu’on va enlever l’État de la télévision. Ce n’est pas ça. On va enlever son véritable propriétaire qui est le public français, lequel a acheté pierre par pierre, émetteur par émetteur, émission par émission, avec la redevance, qui a acheté depuis des années – moi je suis là depuis trente ans, c’est dire! – qui a acheté cette télévision qui est sa propriété. Donc on l’exproprie, ce qui est quand même grave. il faudrait que le public français puisse dire quelque chose. Qu’on crée des chaînes privées par ailleurs, mon Dieu!, pourquoi pas. C’est normal, si les gens veulent avoir plusieurs chaînes, qu’ils en aient. Mais ce qui existe, qui a des défauts mais qui a d’immenses qualités, qui a une mission, qui a une force, qui a une solidité, qui a un passé, qui a une tradition, qui a une ambition, qui est la télévision publiques, ça c’est très grave. »

L’annonce de la privatisation, si elle n’a pas été une surprise donc, a été diversement accueillie. Dans la presse, L’événement du jeudi et Télérama lancent un manifeste titré : « Sauvez le service public ». 100 personnalités des médias, des arts, du spectacle, de la recherche, signent cette tribune en avril 1986. Ils sont 150 000 signataires au mois de mai, parmi lesquels surtout des téléspectateurs. Tous s’opposent à la privatisation au nom de la liberté du service public et de l’information, et par refus de la « ghettoisation » de la culture, c’est à dire le fait que la culture se retrouverait réduite à une seule chaîne ou à des heures de petite écoute. Les téléspectateurs et téléspectatrices sont également soucieux à l’idée de perdre un bien commun.

Sonore téléspectatrices:
« –J’ai peur que ça nous amène la médiocrité. Et puis à outrance la publicité. Style chaîne italienne, américaine, etc. »
« –Ça ne m’étonne pas, absolument pas qu’on nous dépouille encore de cette chose-là. Pour que ça passe au privé? C’est inutile. »

Mais le gouvernement est inflexible. D’autant que l’opposition n’arrive pas à mobiliser contre ce projet. Après tout, c’est le Parti Socialiste qui a permis la création de trois chaines privées au cours des dernières années (Canal Plus, La Cinq et la six). Pourquoi s’opposerait-il aujourd’hui à une privatisation ?

Pour autant, le vote de la loi privatisant TF1 n’est pas chose aisé : la majorité organise les débats en plein été 1986 (vieille technique pour éviter les mouvements d’opinion et profiter de la fatigue des députés). Le gouvernement a même recours à l’article 49-3 à l’Assemblée nationale pour que la loi soit votée, le 6 août 1986.

Dès que TF1 est déclarée à vendre, plusieurs repreneurs se manifestent. Les dossiers les plus solides sont ceux des groupes Hersant et Lagardère, et aussi d’un outsider que personne n’a vu venir, le groupe Bouygues. La toute nouvelle Commission Nationale de la Communication et des Liberté s’est prononcée le 4 avril 1987 en faveur du géant des BTP. Le ministère des finances a fixé le prix de vente à 3 milliards de Francs (mais certains journalistes estiment que la valeur de la chaîne a été sous-estimée et qu’elle vaudrait plutôt en 6 et 10 milliards). Contre son chèque de 3 milliards, Francis Bouygues détient non pas la totalité de la chaîne mais seulement la moitié (pour le moment), 10% des parts ont été vendus aux salariés de TF1, et les 40% restant au public français.

Voilà tout ce qui a conduit à ce que ce mercredi 15 avril 1987 soit le dernier jour d’existence de TF1 publique.

Sonore Yves Mourousi:
« Vous voyez – en vous souhaitant la bienvenue sur le plateau de TF1 – que je porte encore le casque de TF1, mais dès demain, c’est prévu: le casque de la privatisation! »

C’est donc fait : demain 16 avril 1987, TF1 devient une chaîne privée. Mais verra-t-on une réelle différence ?

Selon le repreneur, non. Dans son cahier des charges, Francis Bouygues a promis de diffuser des émissions culturelles et de ne pas céder à la facilité pour attirer les annonceurs. Écoutez, c’est Patrick Le Lay qui parle devant la Commission Nationale de la Communication et des Libertés ; il a été choisi par Francis Bouygues pour présenter le dossier:

sonore Le Lay:
« Le projet de reprise de TF1 que nous vous présentons aujourd’hui est bâti autour de quelques idées simples.
Tout d’abord, respecter le téléspectateur. C’est-à-dire ne pas abimer ce qu’il aime, protéger ses rendez-vous familiers, protéger les émotions qu’il doit à la Une, et les services que la Une lui rend. Mais au-delà, qu’est-ce qui intéresse le téléspectateur? C’est naturellement qu’on lui propose plus d’images, plus de feuilletons, plus de magazines, plus de direct, plus d’information. Dans notre projet, nous allons lui proposer, plus d’images, beaucoup plus d’images.
En second lieu nous avons cherché à donner une dynamique nouvelle à la création française. Faire absorber au public français des séries américaines, ce n’est pas une fatalité. La culture française est menacée, c’est vrai. Mais la culture française doit résister parce que la culture exprime le besoin et le plaisir de vivre ensemble, parce que la culture exprime une vraie communauté de mémoire, une vraie communauté de projet. »

Il y aura donc de la culture sur TF1 privée, Patrick Le Lay l’a promis. De même, le ministre de la Culture François Léotard, en charge du dossier de la privatisation, a assuré que TF1 privée serait la chaîne du  » mieux-disant culturel « . Le gouvernement promet que cette privatisation sera vertueuse : la privatisation, c’est la liberté. Fini les ingérences politiques, TF1 n’est pas vendue au privé mais rendue aux Français. La chaîne fera mieux qu’avant, avec plus de programmes inédits, plus de création, plus de culture. Et puis, cette compétition va stimuler les autres chaines.

Il n’y donc pas de quoi s’inquiéter ?

A moins que…
A moins que les tendances engagées depuis plusieurs années ne se poursuivent. Quand on regarde bien, les deux premières chaînes n’ont pas attendu la privatisation pour s’engager dans une assez forte compétition. Toutes les deux, elles cèdent déjà à la facilité de programmer des émissions un peu plus légères. Surtout la première chaine en fait. Le dernier PDG de TF1 publique, Hervé Bourges, a mis à l’antenne des programmes plus populaires, plus accessibles, peu coûteux, afin de réaliser plus d’audience tout en faisant des économies. Hervé Bourges a une conception un peu différente du service public comparé à ses prédécesseurs : il a développé le concept de « chaîne de service public commerciale » . Il a ainsi fait en sorte que la transition public-privé se fasse dans la douceur.

Pour s’en convaincre, écoutons la bande-annonce d’une semaine de février 1987.

[extrait bande annonce]

  • « Lundi désastre et menace dans Malevile. Un film suivi d’un débat de L’avenir du futur: « la civilisation du risque ».
  • Mardi le vent du changement souffle à Dallas. J.R. se fait séduire et Sue Ellen se fait terriblement remarquer.
  • Mercredi L’heure Simenon. Xavier D. aime les femmes et la vie facile, la cour d’assises le guette.
  • Jeudi Questions à domicile. Charles Pasqua reçoit Anne Sinclair et Pierre-Luc Séguillon.
  • Vendredi humour et finesse, talent et modestie, c’est Jean-Claude Briali dans Grand public avec Patrick Sabatier.
  • Samedi en direct de Toulon, Ambitions exceptionnel avec Julien Clerc et Bernard Tapie.
  • Dimanche Quand les aigles attaquent. A l’assaut d’une forteresse allemande, Richard Burton et Clint Eastwood tentent l’impossible.

Pour mieux vous informer et vous distraire, il n’y en a qu’une c’est la Une. »

En 1986, au lendemain de l’annonce de la privatisation de TF1, le journaliste d’Antenne 2 Paul Amar mettait en garde contre de possibles dérives.

Sonore Paul Amar:
« Les candidats au rachat: ils ont tous un point commun, ils sont riches. Ils ont donc la possibilité de s’offrir TF1. Mais l’argent ne suffit pas forcément à faire une bonne télévision. Il faudra du métier, de l’imagination mais aussi des scrupules. Résisteront-ils par exemple à la tentation de courir après l’audience au détriment de la qualité? »

Et si ver était déjà dans le fruit avant même que TF1 n’ait été vendue ?

Sonore Yves Mourousi
« Marie-Laure la suite! »

La suite eh bien,  il n’y a pas que la télévision dans la vie. Quelques idées de sorties :

== EXPOSITIONS ==

Du 5 avril au 2 août 1987, exposition sur la médecine de la préhistoire au moyen âge, c’est au musée archéologique départemental du Val d’Oise de Guiry-en-Vexin.
Une exposition Rembrandt se tient à la Bibliothèque Nationale, dépêchez-vous c’est jusqu’au 3 mai 1987.

== AU CINEMA ==

Au Châtelet Victoria sont diffusés Les chariots de feu, Orange Mécanique et Apocalypse Now tous en VO.
Au Grand Rex on passe Crocodile Dundee
Au Champo (dans le quartier latin) La chatte sur un toit brulant.
A l’épée de bois (c’est rue Mouffetard), Brazil de Terry Gilliam.
A l’ABC de Sartrouville, King Kong 2
Au Gamma d’Argenteuil, Les 101 Dalmatiens
Au C2L de Versailles, Retour Vers le Futur

C’est tout pour aujourd’hui.

Avec dans ce numéro les voix de William Leymergie, Dorothée, Patrick Sébastien, Orly Solomon, Claude Santelli, François Léotard, Michel Polac, Serge Gainsbourg, Patrick Le Lay, Yves Mourousi, Marie-Laure Augry, Paul Amar, et deux téléspectatrices de Paris.

Les archives que vous avez pu entendre sont conservées par l’institut national de l’audiovisuel.

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